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Au-delà du Jourdain, la Jordanie millénaire…

Un des derniers souvenirs récents que nous laissent les médias sur la Jordanie est la visite officielle de notre ministre des Affaires étrangères Didier Reynders à Amman en décembre 2016. Elle confirma notre proximité en matière de démocratie, de lutte contre le terrorisme dans les pays voisins comme la Syrie et une franche collaboration militaire dans ce combat.

La site de Petra, une des 7 Merveilles du Monde La site de Petra, une des 7 Merveilles du Monde

 

On en aurait presqu’oublié le traité de paix avec Israël en 1994, voire la rumeur d’une visite clandestine du roi jordanien Hussein à Madame Golda Meir lors du déclenchement de la guerre de Kippour pour la prévenir des intentions d’invasions des frontaliers. Ensuite, les trente cent mille Palestiniens hébergés et l’ouverture des frontières au tourisme international dans les années 80. La Jordanie a toujours eu pour principal souci de maintenir la paix dans une région qui a besoin de diplomatie. Elle est notre alliée.

Quarante ans de tourisme ouvrirent les yeux au monde sur une des plus grandes merveilles archéologiques et architecturales de la planète : Petra. Hergé avait eu le crayon heureux et Indiana Jones y devait une part de son succès.

Le désert du Wadi Rum

 

Comme dans un film

Parcourir la Jordanie, c’est pénétrer le décor d’un film. C’est se souvenir d’un enchevêtrement de vérités et de légendes, tantôt confirmées par l’archéologie, tantôt remis sur l’œuvre par le doute et la raison. La foi et l’histoire se rencontrent, se confrontent, s’y complètent.

Comment nier Amman et son passé antique, depuis le récit biblique jusqu’aux ouvrages des Romains. Comment ne pas entendre la belle histoire d’amour presque shakespearienne de David et de la belle et impudique Bethsabée se baignant nue qui plus tard, après l’assassinat de son fidèle mari par le même David, devint mère du mythique roi Salomon. Comment réfuter l’existence des solides rocs granitiques de la ville de Uum Qays, où Jésus aurait chassé des démons dans un troupeau de porcs qui se serait jeté dans les eaux de la Mer de Galilée.

Voir, depuis une terrasse le plateau du Golan, le Mont Hermon et le lac de Tibériade jusqu’aux dernières couleurs du crépuscule et, sinon croire, accepter d’y clore un rêve.

Sillonner les rives du Jourdain, qui donna son nom au pays, entre figuiers, grenadiers aux fruits joufflus. Térébinthes, balsamiers y imposant leur statut de plantes millénaires, chênes et pins se côtoyant au milieu d’une assemblée de chardons et d’herbes folles aux fleurs ensorcelantes.

Là, le chemin s’arrête devant une plage, qu’un Livre Saint, la Bible, a voulu celle où Jésus se fit baptiser par Jean le Baptiste. Car, oui… si c’était vrai ? Si c’était près de là, à Pella, que naquit comme l’annonçait la prophétie de Jésus (« Fuyez vers la montagne ! »), le christianisme du premier siècle.

Ouvrir la porte de la vieille église de Madaba au cœur de l’art byzantin et umayyade et y découvrir une mosaïque. C’est une des plus vieilles cartes politiques du monde. Elle date du VIème siècle et est restée très lisible, témoin imparable d’un monde révolu. Preuve incontestable de l’existence de cette Palestine-là !

Les bienfaits de la Mer Morte

 

Comprendre Moïse et évoquer Godefroid de Bouillon

Écarquiller les yeux pour voir au Mont Nébo, sur 180°, la Terre Promise comme l’aurait vue Moïse au terme de quarante années d’errance dans un désert du Sinaï et dans les montagnes de Moab. Scruter sa tombe dans les nombreuses grottes troglodytes. Parcourir l’imposante cité gréco romaine de Jerash ou Gérasa. Elle aurait été fondée par Alexandre le Grand, occupée et constamment reconstruite par les Nabatéens puis les Romains de Pompée à Hadrien. Son hippodrome, son forum ovale et ses bains autour des majestueux temples de Zeus et d’Artémis ne sont pas virtuels. Ils existent, là, sous vos yeux. Ensuite se trouver nez à nez avec les constructions des croisés, devant l’immense muraille de Kérak où Renaud de Chatillon se rendit coupable de fourberie face à Saladin et vendit par orgueil ce qui restait du royaume chrétien fondé par Godefroid de Bouillon en Palestine.

Kérak

 

De Sir Lawrence au royaume de Saba

Sillonner la Route des Rois et imaginer la Reine de Saba venir rendre hommage au roi Salomon au Temple de Jérusalem. Plonger vers le Wadi Rum et tenter de se souvenir de quelques phrases écrites de Lawrence d’Arabie dans les Sept Piliers de la Sagesse qui bien plus alors qu’un livre, existera réellement sous la forme de sept pieds de montagnes imprimés sur votre album de photos souvenirs. Rouler en 4X4 dans le sable d’un désert rouge, s’arrêter à l’ombre d’une de ses inquiétantes roches roses pour, aux pieds d’un troupeau de dromadaires, boire un café bédouin à la cardamome.

Passer du temps à Petra pour y tomber d’admiration devant le Kasneh, le Trésor, sillonner la ville de plusieurs kilomètres de long, à pieds, à dos d’âne ou en calèche, vaillamment franchir l’histoire et ses majestueuses huit cents marches vers le sommet, s’agenouiller devant El Déir, le Monastère, à l’ombre du tombeau d’Aaron. En Face, le Mont Horeb où Moïse aurait reçu les Dix Commandements… A gauche, la Mer Rouge, visible par très beau temps.

Il ne reste à l’esprit qu’à rejoindre le corps au creux de l’eau salée de la Mer Morte et de contempler le coucher de soleil qui doit faire luire, là-bas, au-delà des montagnes, l’or de la Coupole du Rocher de Jérusalem.

Ce n’est pas un trekking, ni un séminaire, c’est un voyage dans un confort idéal (transports et hôtels) pour voir, entendre, les mystères des origines de notre propre destinée. Qui sommes-nous vraiment, sinon des enfants de cette histoire-là.
Il n’y a pas de mot « fin », mais un pluriel de souvenir. C’est un film qui ne s’achève pas.
La Jordanie est le voyage qu’on croit choisir, jusqu’au jour où on se souvient qu’elle nous a certainement, elle aussi choisi.