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L’écosystème passionnant de la lagune de Caño Negro au Costa Rica

Au nord du pays, ce « Refuge National de Vie Sylvestre » protège sur 10 000 ha des milliers d’oiseaux et d’animaux terrestres.

Le rio Frio à l'extrême-nord costaricien © Philippe Bourget Le rio Frio à l'extrême-nord costaricien

Situé à deux pas du Nicaragua, ce sanctuaire de la nature est une véritable arche de Noé. Peu fréquenté par le grand tourisme, il assure une plongée inédite dans un écosystème passionnant. Ma surprise fut de taille. Avant de rejoindre le rio Frio et d’embarquer pour la croisière naturaliste, dans cet extrême-nord costaricien, l’arrêt nous avait été conseillé au pied d’un immense ceiba (arbre tropical), posé en retrait de la route. Tout en haut, un couple de jabirus était en train de construire son nid. Pas n’importe quel oiseau, cet échassier. Debout, il peut mesurer jusqu’à 1,30 m. Vision magnifique et rare que ce couple haut perché, plumage blanc et noir entrecoupé d’une collerette rouge.

 

Une volière à ciel ouvert

La suite fut à l’unisson. Dans l’immense plaine humide dont le niveau d’eau varie au gré des saisons, le rio Frio se fraye un chemin à grand spectacle au milieu de la faune. Les immenses prairies à zébus laissent ici la place à une volière sans filet où la cohabitation animale est la règle. Martins-pêcheurs de toutes tailles, cassiques de Montezuma au plumage marron et jaune, aningas élancés à l’air presque fragile, grands hérons bleus dominateurs, esthétiques spatules roses, petits jacanas au poitrail jaune, fiers hérons Onoré du Mexique en pleine parade nuptiale… tous observent notre navigation avec confiance, certains d’être les maîtres des lieux. D’autres ont l’œil aux aguets : les caïmans. En ce mois de février d’eaux refluantes, on ne voit qu’eux, tapis sur les berges boueuses, figés dans une immobilité parfaite. Certains ont la bouche ouverte, façon de réguler leur température corporelle. Nous n’y risquerons pas la main… Les hautes branches sont moins tranquilles. Des iguanes surpris par notre présence se jettent à l’eau, des singes hurleurs se baladent avec aisance, des balbuzards pêcheurs guettent leurs proies tandis que dans le ciel, un caracara huppé observe cela de ses yeux perçants.

Héron bleu dans le Cano Negro © Philippe Bourget

 

De nuit aussi…

La balade oscille entre rio Frio et zones lagunaires. Elle montre aussi la petite vie des rives, ces campesinos qui vont et viennent sur leurs barques pour rejoindre un village ou un champ. Ou ces pêcheurs occupés à traquer d’immenses tilapias. Seul le cœur de la saison sèche, en mars-avril, empêche les habitants de naviguer sur tous les chenaux. Mais nous n’en avons pas fini avec les animaux...

Pied mis à terre, nous allons nous poster sous un arbre où se perche un ibijau, énigmatique oiseau de la famille des nyctibiidae. Plus loin, au bord de la lagune, nous surprenons un lézard vert Jésus-Christ, appelé ainsi pour sa capacité unique à marcher sur l’eau. Au-delà, une cohorte de tortues forme des petits points noirs à la surface de l’eau, autant de têtes émergées occupées à surveiller l’horizon. Dans ce Caño Negro si surprenant, la balade diurne peut aussi devenir nocturne. A pied, elle dévoile un autre monde, celui des fourmis « balles de fusil » à la piqure douloureuse, des grenouilles taureaux peu farouches, des araignées rétiaires capturant leurs proies avec leurs toiles-filets… Vraiment un univers d’exception.

Lézard vert © Philippe Bourget

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