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Les Malekus, rencontre avec une communauté fragile costaricaine

Parmi les six peuples amérindiens vivant dans le pays, les Malekus sont les moins nombreux. Installés dans trois villages autour de San Rafael Guatuso, dans la province de l’Alajuela, une partie de leurs 1 200 membres dévoile aux touristes une culture hélas menacée.

La communauté des Malekus © Philippe Bourget La communauté des Malekus

La rencontre avec une communauté amérindienne laisse toujours des traces. A fortiori en Amérique Centrale où la colonisation a dévasté ces peuples premiers, victimes d’exactions et de maladies. Au Costa Rica, six tribus ont survécu. Les Cabécares demeurent les plus nombreux. Une dizaine de milliers d’entre eux vit au sud du pays. Les Malekus, eux, sont les moins visibles. Seuls 1 200 membres habitent encore trois villages, situés autour de San Rafael Guatuso, ville de la province d’Alajuela, au nord du pays. Sans information préalable, il n’est pas simple de les trouver. C’est grâce à notre guide que, contacté à l’avance, l’un d’eux nous fait signe sur le bord de la route. Quelques centaines de mètres en retrait se trouve l’un des trois villages, Palenque del Sol. Jimmy est son représentant.

 

Transmettre leurs traditions aux visiteurs

Cheveux noirs et longs, teint cuivré, il est le dépositaire d’une culture immémoriale hélas en train de s’éteindre. « Les Malekus savent qu’ils vont disparaitre. Ils ne sont plus assez nombreux. Leur souhait est de transmettre leurs traditions aux visiteurs afin qu’on connaisse leur histoire », explique Bertrand Ducos, guide naturaliste français installé au Costa Rica depuis plus de 20 ans. Ce que confirme Jimmy entre les lignes. « Nous sommes 1 200 mais seulement 600 d’entre nous sont de purs Malekus. Les 600 autres sont métisses. Et parmi les moins de 25 ans, 95% sont aussi métisses », admet-il. Plus aucun ne vit aujourd’hui dans ces maisons sur pieux de bois couvertes en feuilles de palme, telle que celle où nous sommes accueillis. Ils se sont adaptés au monde moderne. Mais ils y entretiennent leur mémoire. Elle est culinaire, avec la cuisine au feu de bois et les ustensiles traditionnels utilisés pour préparer les viandes, exclusivement issus d’animaux dont ils attribuent la création à leur Dieu – ils délaissent la chair attribuée aux « esprits malins », tels les serpents. Elle est culturelle, avec cette langue ihaïca qu’ils s’efforcent d’entretenir en famille et lors de représentations théâtrales pour les visiteurs. Elle est botanique, enfin, avec cette science des plantes qui leur permet de soigner et de fabriquer des objets.

La communauté des Malekus © Philippe Bourget

 

Tissu végétal…

Nous partons en forêt avec Jimmy. Ses bottes en caoutchouc le protègent des morsures de serpents, notamment celle de la « vipère fer de lance », qui n’hésite pas à attaquer l’homme lorsqu’on empiète sur son espace vital. Son venin est mortel. Nous goutons le suc provenant de la tige d’une feuille inconnue. Amer, le goût provoque le rapide « endormissement » de notre lèvre et langue. « Nous nous en servons pour calmer les douleurs dentaires », dit Jimmy.

La communauté des Malekus © Philippe Bourget

 

Un peu plus loin, nous testons une plante étonnante. Posée sur le bras, elle reste fermement accrochée aux poils. Impossible de s’en débarrasser, sauf à la décrocher « à l’envers ». « Avec elle, nous jouions enfants à attraper des oiseaux en les attirant autour d’un fruit posé au sol. Leurs plumes collées par la plante, ils ne pouvaient plus voler », raconte le Maleku. Il avise un végétal aux longues feuilles garnies d’épines redoutables, dont il coupe une petite quantité. Débarrassées de leurs piquants et assouplies, elles laissent apparaître des fibres longues. Retirées puis enroulées ensemble, elles formeront un fil solide tissé pour fabriquer des sacs. Une rencontre passionnante avec cette communauté passée en dessous du seuil de reproduction pour perdurer mais parfaitement adaptée à la vie dans la forêt costaricienne.

La communauté des Malekus © Philippe Bourget

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