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Saint-Louis, l'art verrier d’exception en Moselle

29/12/2021

En Moselle, Saint-Louis-les-Bitche, à 11 km de Wingen-sur-Moder, abrite depuis 1586 cette entreprise d’art verrier d’exception. Le public découvre non seulement un musée mais surtout un atelier où perdure la technique « soufflé bouche, taillé main ». Fascinant.

Pour voir souffler le verre en vrai, il faut aller en Moselle. A Saint-Louis-les-Bitche, village enclavé dans une vallée forestière voisine, le visiteur est accueilli au cœur de la manufacture Saint-Louis. Ici, cela fait 430 ans qu’on souffle le verre puis le cristal à la bouche, et qu’on le taille à la main. Autant dire que les ouvriers ont une « petite » expérience en la matière… Le virage du luxe s’est opéré au 18ème s. En 1767, Louis XV adoube la manufacture en la déclarant « verrerie royale ». Celle qui s’appelait alors Verrerie de Müntzhal devient… Saint-Louis, en l’honneur du roi. Plus tard, elle prendra le nom de Cristallerie Royale de Saint-Louis, après qu’elle soit passée du verre au cristal.

Taille du verre dans l’atelier du froid Philippe Bourget

2 000 œuvres au musée

Au programme de la visite, combinant musée et atelier : rien que de l’émerveillement ! Dans le musée (nommé La Grande Place), conçu comme un parcours en élévation sous un lustre géant (en cristal, of course !), on découvre derrière des vitrines la panoplie entière des créations de la marque. Les verres de table modèle Trianon, les verres Chambord, le vase Versailles… Au total, 2 000 œuvres, sur quatre siècles de production. La visite est complétée par des vidéos et des expositions temporaires, au dernier étage.

Collection Saint-Louis Philippe Bourget

Pâte rouge à 1 200° C

Le summum de la visite est bien sûr la découverte de l’atelier. Il est accessible en visite accompagnée chaque lundi, mercredi, jeudi et vendredi, à 11h, sur réservation. La chaleur qui saisit à l’entrée du hall de soufflage est étouffante. Admiration pour les ouvriers du « chaud », qui travaillent le cristal (du verre mélangé à de l’oxyde de plomb) en 3×8 dans un atelier ardent et bruyant. Fascination pour la pâte rouge à 1 200° C sortie des fours, soufflée puis assemblée pour former des verres de haute qualité. Enchantement dans l’atelier des presse-papiers, où des orfèvres sculptent des merveilles de boules de cristal. Eblouissement au « verre froid », où des mains expertes taillent, polissent et gravent à main levée (un doigté exceptionnel) vases, lustres et verres. Curiosité à l’atelier des luminaires, où l’on emballe des lustres pour des clients prestigieux (riches particuliers, hôtels de luxe…).

L’atelier du chaud Philippe Bourget ©

80% de la production exportée

Si on travaille nuit et jour au « chaud », c’est que la crise du Covid-19 n’a semble t-il pas impacté les commandes. Pierre Nierengarten, notre guide de visite, est un ancien salarié de Saint-Louis. Aujourd’hui à la retraite, il a travaillé 40 ans dans l’entreprise. Le caractère pudique lorrain le retient un peu mais on devine sa fierté de nous annoncer que l’entreprise recrute des ouvriers spécialisés et exporte 80% de sa production. Beaucoup de commandes proviennent du Moyen-Orient, notamment des émirats. Propriété entière du groupe Hermès depuis 1989, Saint-Louis est une marque du luxe qui prospère au plus profond d’une région rurale.

L’atelier du chaud Philippe Bourget

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