Bregenzerwald, un territoire d’avance

Bregenzerwald, un territoire d’avance

Conservateur comme on peut l’être dans les vallées montagnardes, le Bregenzerwald est aussi une région innovante, résolument tournée vers l’avenir. Pionnière en développement durable et en matériaux bio-sourcés, elle imagine le futur en misant sur les savoir-faire ancestraux.

Le Bregenzerwald s’est rarement endormi sur son passé. Ici, une maison typique traditionnelle en côtoie souvent une autre, design et moderne. Elle aussi est recouverte d’esthétiques bardeaux de bois mais elle sera fréquemment équipée de panneaux solaires. Et parfois même, alimentée en eau chaude par une centrale à biomasse. C’est le cas à Au, village modèle en la matière. Voilà ce que nous explique Walter Lingg, propriétaire de l’emblématique Hôtel Krone, établissement connu pour accueillir une importante clientèle francophone – son patron parle français. Dans cette commune de 1 500 habitants dominée par le Kanisfluh (2 044 m), une centrale à biomasse a été mise en service en 2010. Le bois provient des forêts locales, gérées par une coopérative communale. De sorte, la ressource est intelligemment maitrisée. Ajoutées aux quelques équipements privés utilisant aussi le bois, « 90% environ du village est chauffé avec des énergies renouvelables », indique Walter Lingg.

Projet « Bus : Stop », à Krumbach Philippe Bourget

Werkaumhaus , laboratoire artisanal

Ce village où exercent encore 75 agriculteurs (élevage bovin, pour le lait et le fromage) s’était déjà fait connaître au 17ème s. Ses artisans, spécialistes de l’architecture baroque, exportaient leur savoir-faire jusqu’en France (Alsace). Voilà une autre force du Bregenzerwald : plutôt que de s’encroûter dans des poncifs, la tradition artisanale se renouvelle sans cesse, grâce à l’apport de technologies. Un lieu incarne parfaitement cette fusion entre l’ancien et le moderne : la Werkaumhaus, à Andelbusch. Ce laboratoire et plateforme artisanale, ouverte à tous (exposition de créations, café-snack, librairie…), est hébergée dans un bâtiment design. Elle fédère près d’une centaine d’artisans du Bregenzerwald, charpentiers, maçons, fromagers, brasseurs de bière, spécialistes du textile… Héritiers de savoir-faire anciens, ils y partagent leurs connaissances et sont mis en relation avec des designers internationaux, intéressés par l’expérience. Cela permet ainsi de stimuler la créativité. « Il existe ici un certain sens commun de la qualité. Les artisans ne se polarisent pas sur leur propre business, la collaboration est très efficace », résume Belinda Rukschcio, la directrice de la Werkaumhaus.

La Werkraumhaus, à Andelsbuch Philippe Bourget

Cosmétiques Susanne Kaufmann

Un peu partout dans le territoire, on croise des PME rurales installées dans des bâtiments durables, spécialistes de l’architecture bois, des matériaux bio-sourcés, de la construction innovante… Leur expertise est demandée en Autriche mais aussi à l’étranger. A l’image de certains Lands allemands où l’on trouve quantité de PME en zones rurales, le Bregenzerwald est maillé de petites sociétés performantes qui contribuent à son dynamisme économique… dans un environnement pour le moins agricole. Un dernier exemple témoigne de l’articulation entre tradition locale et performance : les produits cosmétiques Susanne Kaufmann. Fondées sur l’usage des plantes de montagne autrichiennes, cette entreprise prospère née dans le village de Bezau (où se trouve l’hôtel familial The Post, trendy et archi), a investi avec succès, en Europe et au-delà, le marché des produits de soins « bios » et Premium.

Belinda Rukschcio, directrice de la Werkraumhaus Philippe Bourget