Il suffit de regarder le Palais du Baron Empain quelques secondes pour comprendre qu’il ne ressemble pas exactement à la maison de campagne habituelle d’un industriel belge. Éléphants sculptés, divinités hindoues, tour monumentale et références aux temples asiatiques : posé au milieu d’Héliopolis, au Caire, le bâtiment semble avoir fait une escale au Cambodge avant de s’installer en Égypte !
Pourtant, derrière cette extravagance se cache bien un Belge : Édouard Empain, industriel, ingénieur et financier né à Belœil en 1852. Son palais figure aujourd’hui parmi les excursions proposées dans le séjour Vacancesweb consacré au Grand Musée égyptien et au Caire. Et l’histoire dépasse largement celle d’une résidence un peu folle !
Un Belge veut construire une ville dans le désert
Au début du XXe siècle, Édouard Empain développe d’importants projets ferroviaires et industriels en Égypte. En 1905, avec l’homme d’affaires Boghos Nubar Pacha, il obtient une vaste concession désertique située à une dizaine de kilomètres du Caire de l’époque. Son ambition ? Créer pratiquement une ville nouvelle complète. Ce sera Héliopolis.
Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités décrit le projet comme une véritable « ville de rêve », équipée de services modernes et conçue pour accueillir différentes catégories de population. Le quartier finit évidemment par être absorbé par la croissance gigantesque du Caire, mais nombre de ses bâtiments témoignent encore de cette naissance très particulière…. Et au centre du projet se trouve la résidence personnelle du baron !
Un morceau d’Angkor au milieu du Caire
Le palais est construit entre 1907 et 1911 par l’architecte français Alexandre Marcel. Son inspiration est particulièrement étonnante. Le portail officiel du Caire cite notamment… Angkor Wat au Cambodge ainsi que différents temples hindous indiens. Les façades sont couvertes d’ornements représentant danseuses, éléphants, serpents et divinités. Le résultat est tellement éloigné de l’architecture traditionnelle égyptienne que le bâtiment s’impose immédiatement dans le paysage !
Mais Empain ne choisit évidemment pas cet emplacement au hasard : son palais doit aussi symboliser le nouveau quartier qu’il contribue à faire naître autour de lui ! Voilà donc pourquoi Héliopolis devient alors un étonnant laboratoire architectural mêlant références islamiques, européennes et asiatiques.
Un palais finalement sauvé
Après la mort d’Empain en 1929, le bâtiment connaît une histoire plus mouvementée. Il finit notamment par être abandonné pendant plusieurs décennies, au point d’alimenter toutes sortes de légendes locales. Le gouvernement égyptien acquiert finalement le palais et lance une importante restauration. Après plusieurs années de travaux, le bâtiment rouvre officiellement au public en juin 2020.
Sa nouvelle fonction est particulièrement intéressante : il ne s’agit plus uniquement de visiter la demeure d’un industriel fortuné, car le palais abrite désormais une exposition consacrée à l’histoire d’Héliopolis, avec photographies, archives, cartes et documents retraçant la naissance du quartier. Le lieu raconte donc autant la ville que son propriétaire !
Et la Belgique n’a jamais totalement disparu
La restauration et la valorisation du palais ont également entretenu les relations entre l’Égypte et la Belgique : Le SPF Affaires étrangères rappelle que la Belgique a participé à certains efforts de restauration et que notre ambassade au Caire y a notamment organisé en 2023 une exposition consacrée à la passion de la reine Élisabeth de Belgique pour l’Égypte.
On peut même monter sur le toit
Aujourd’hui, le palais se visite tous les jours. Le toit panoramique fait l’objet d’un billet distinct, mais il vaut le détour : de là-haut, le contraste est spectaculaire ! Autrefois construit au milieu du désert, le palais est désormais entouré par l’une des plus grandes métropoles africaines !