J’avoue avoir un peu bourlingué autour de cette planète, mais je peux vous dire une chose : peu d’endroits m’ont donné autant de frissons que la DMZ coréenne. Pas des frissons de froid, mais ceux qui vous parcourent quand l’Histoire actuelle vous regarde droit dans les yeux. Bienvenue dans la zone démilitarisée la plus militarisée du monde !
© alicja-podstolska
Une frontière qui n’en est pas vraiment une
À seulement une heure de route de Séoul, changement total d’ambiance. Les gratte-ciel disparaissent, la campagne s’installe… et soudain, les barbelés. La Zone démilitarisée coréenne, ou DMZ, s’étire sur 250 km de long et 4 km de large. Un no man’s land né en 1953, à la fin de la guerre de Corée. Enfin… « fin », c’est vite dit : techniquement, les deux Corées sont toujours en guerre.
Ironie suprême : cette zone ultra surveillée est devenue un grand sanctuaires naturels d’Asie. Cerfs, grues rares, forêts intactes… La nature adore les endroits où l’homme n’ose plus trop s’aventurer !
Panmunjom : le face-à-face le plus tendu du monde
Moment fort (et je pèse mes mots) : la visite de Panmunjom, aussi appelée la Joint Security Area. C’est ici que Nord et Sud se font face, littéralement. Les fameuses baraques bleues, posées pile sur la ligne de démarcation, sont presque irréelles. On entre, on ressort… et hop, techniquement, vous avez mis un pied en Corée du Nord. Avouez, ça claque au dîner !
Les soldats sud-coréens, lunettes noires et posture martiale, semblent tout droit sortis d’un film. Chaque geste est calculé, chaque regard scruté. J’ai rarement ressenti un silence aussi bruyant.
© alicja-podstolska
Regarder le Nord… sans y aller
Autre arrêt marquant : l’observatoire de Dora. À travers des jumelles, on distingue les collines nord-coréennes, des villages presque trop calmes, et même un mât gigantesque brandissant un drapeau démesuré. Concours de taille depuis des décennies, paraît-il. Oui, même les drapeaux ont une dimension géopolitique ici !
Non loin de là, un autre point absolument hallucinant : la gare de Dorasan, flambant neuve… mais désespérément vide ! Construite pour un futur où les trains relieraient Séoul à Pyongyang, puis à l’Europe. Pour l’instant, elle attend. Comme un symbole d’espoir en suspens. Et les Sud-coréens y croient dur comme fer ! Espérons…
Un lieu lourd… mais indispensable
La DMZ est probablement l’une des zones touristiques les plus poignantes au monde : on ne vient pas ici pour se divertir, mais pour comprendre, ressentir, et repartir un peu changé.
En quittant la zone, j’ai eu l’impression de sortir d’un chapitre d’Histoire encore en train de s’écrire. La DMZ, c’est déroutant, fascinant, parfois glaçant… mais profondément marquant. Et croyez-moi : on n’en ressort jamais tout à fait indifférent. Je l’ai faite voici quelques années, mais elle me reste toujours en mémoire… Depuis le tunnel creusé par les Nord-Coréens pour une potentielle agression de leurs voisins aux symboles de pais disséminés un peu partout, la DMZ vous marque clairement par ses paradoxes, auxquels on peut évidemment rajouter la nature préservée… Ce qu’il vous faut, c’est y aller, avec un bon guide qui saura faire la différence.