Jamais le Danube n'était descendu aussi bas. Et dans la boue craquelée, l'Europe centrale retrouve des choses qu'elle n'attendait pas : un mammouth laineux, les fondations d'un pont romain géant et même des dizaines de navires de guerre coulés en 1944 !
Deuxième fleuve d’Europe, le Danube traverse dix pays sur près de 2.850 kilomètres. Cet été, après une succession de canicules et une sécheresse sévère, son niveau est tombé à des records absolus sur plusieurs tronçons ! À Budapest, les autorités hongroises ont mesuré début août une hauteur d’eau de 10 centimètres, pulvérisant le précédent record de 33 centimètres établi en 2013.
Un mammouth au bord de l’eau
Le morceau le plus spectaculaire est bulgare. Fin juillet, près du village de Ryahovo, le retrait des eaux a mis au jour les restes de ce que les chercheurs identifient comme un… mammouth laineux ! Le musée régional d’histoire de Ruse a récupéré une mâchoire, des défenses, une omoplate, des côtes et divers fragments osseux ; une grande partie du squelette reste probablement enfouie. Selon le conservateur Krasimir Kirov, l’animal mesurait près de cinq mètres et pesait entre sept et huit tonnes, et a sans doute été charrié jusque-là par le fleuve !
Le pont de Constantin, 1.700 ans plus tard
Plus en amont, l’archéologie prend le relais. Près du village de Gigen, les eaux basses ont exposé une partie des fondations du pont de Constantin, inauguré en 328 après J.-C. et reliant l’antique cité d’Ulpia Oescus à Sucidava, aujourd’hui en Roumanie. Long de plus de deux kilomètres, il est considéré comme l’un des plus grands ponts de l’Antiquité ! Il fut aussi l’un des plus éphémères, puisqu’il aurait été détruit vers 367.Une équipe du musée régional de Pleven a survolé le site au drone pour cartographier et documenter les vestiges visibles.
La flotte nazie de 1944 refait surface
Le chapitre le plus glaçant se joue entre la Serbie et la Roumanie. Près de Prahovo, des coques éventrées émergent des bancs de sable. Ces épaves appartiennent à la flotte allemande de la mer Noire, sabordée en septembre 1944 pour freiner l’avancée soviétique… Les historiens évoquent jusqu’à 200 navires ! La plupart n’ont jamais été relevés, notamment parce que des explosifs sont toujours à bord. En Hongrie, près de Budapest, une moto de la Wehrmacht quasi intacte a émergé de la vase, avec des munitions, des mines antichars et des éclats d’obus !
Quand les pierres de la faim ressortent
Le phénomène dépasse le Danube. Sur l’Elbe, près de Pirna-Oberposta, une « pierre de la faim » est réapparue : ces blocs gravés de dates d’étiages historiques (la plus ancienne remonte à 1707) servaient d’avertissement aux générations suivantes. Sur le Rhin, près de Leverkusen, d’autres pierres sont ressorties, dont une datée de 1959.