Une gravure vieille de 5.000 ans révèle comment l’Égypte ancienne imposait sa loi dans le Sinaï…
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Dans le sud-ouest de la péninsule du Sinaï, une gravure rupestre récemment étudiée remet en question une vision parfois trop lisse de l’Égypte ancienne. Datée d’environ 5.000 ans, elle montre une scène sans ambiguïté : un Égyptien imposant, debout, bras levés, face à un habitant du Sinaï agenouillé, mortellement blessé. Ce n’est pas une simple image. C’est un message de domination, gravé dans la pierre pour être vu, compris et redouté, rapporte l’université de Bonn.
La scène a été découverte à Wadi Khamila, un site jusqu’ici surtout connu pour des inscriptions bien plus récentes. Pour les chercheurs, c’est une surprise majeure : aucune preuve aussi ancienne de présence égyptienne n’avait encore été identifiée dans cette zone.
Quand l’image devient une arme politique
Selon l’égyptologue Ludwig Morenz, cette gravure illustre l’une des plus anciennes scènes de mise à mort accompagnée d’un texte jamais recensées. Le but n’était pas artistique, mais clairement idéologique. À cette époque, les populations locales du Sinaï n’avaient ni écriture ni organisation étatique structurée. Les Égyptiens, eux, disposaient d’un pouvoir centralisé, d’une culture écrite et d’une armée. Le rapport de force était net.
Le Sinaï, un territoire convoité
Pourquoi venir si loin ? La réponse tient en deux mots : ressources naturelles. Le Sinaï regorgeait de cuivre et de turquoise, deux matériaux essentiels pour l’économie et le prestige de l’Égypte ancienne. Les expéditions n’étaient donc pas de simples voyages d’exploration, mais de véritables opérations économiques, soutenues par la force. Cette gravure suggère que l’Égypte ne se contentait pas de passer : elle s’installait, contrôlait et imposait son autorité.
Une colonisation pensée comme un réseau
Wadi Khamila n’est pas un cas isolé. D’autres vallées du Sinaï, comme Wadi Ameyra ou Wadi Maghara, présentent elles aussi des images de domination égyptienne. Pris ensemble, ces sites dessinent les contours d’un réseau colonial primitif : des points stratégiques, situés le long des routes de passage, marqués par des inscriptions visibles de loin. La pierre devient alors une borne territoriale. Un détail renforce cette idée : la roche choisie est lisse, bien exposée et située près de lieux de repos traditionnels. Autrement dit, impossible de passer à côté.
Les dieux comme caution morale
La domination ne se faisait pas seulement par la force. Elle se justifiait aussi par le divin. Les inscriptions font référence au dieu Min, protecteur des expéditions égyptiennes à cette période. Son nom sert de caution religieuse : si l’Égypte domine, c’est parce que les dieux l’ont voulu. Cette justification religieuse de la colonisation est typique des premières phases de l’expansion égyptienne dans le Sinaï. Plus tard, d’autres divinités prendront le relais, mais la logique restera la même, expliquent les universitaires.
Une pierre, plusieurs histoires
Fait fascinant : la gravure a été réutilisée et modifiée au fil des siècles. Des inscriptions plus récentes, parfois même des graffitis modernes en arabe, ont été gravées par-dessus.
Un point de départ, pas une fin
Pour les chercheurs de l’Université de Bonn, cette découverte n’est qu’un début. De nouvelles explorations sont prévues, en collaboration avec les autorités égyptiennes, pour mieux comprendre l’ampleur de cette colonisation ancienne.