Difficile, ces jours-ci, d’évoquer Ormuz sans penser d’abord au détroit d’Ormuz, ce passage maritime où transite environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux. Avec la guerre en Iran, ce n’est en effet pas tout de suite que l’on pourra y mettre les pieds, ce que confirme bien entendu le SPF Affaires étrangères… Pourtant, il y a là une vraie pépite naturelle !
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En effet, réduire l’île à son voisinage stratégique serait presque une injustice géologique. Située à environ 8 kilomètres des côtes iraniennes, près de Bandar Abbas, l’île d’Ormuz est un petit caillou d’une beauté exquise ! Les descriptions savantes parlent d’un dôme de sel mature, d’un diapir aux minéraux variés; les voyageurs, eux, diraient plus simplement qu’on dirait un décor somptueux, presque irréel, aux couleurs aquarelles.
Le royaume de l’ocre et des reliefs étranges
La grande signature d’Ormuz, c’est son ocre rouge. Ce rouge profond, chargé en oxyde de fer, colore les falaises, les plages et parfois même le bord de mer, au point de donner à certains rivages une allure assez théâtrale. Le sud de l’île abrite d’ailleurs une célèbre zone d’ocre qui a longtemps attiré autant les curieux que les usages industriels.
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Cette terre rouge a aussi été utilisée dans l’artisanat, dans certaines pratiques culinaires locales et dans le travail d’artistes liés à l’île, comme Ahmad Nadalian, qui a ensuite lui-même insisté sur l’impact écologique de l’extraction des sols colorés… Ormuz est belle, oui, mais pas inépuisable : la beauté minérale a ses limites !
Une histoire beaucoup plus ancienne que les gros titres
Ormuz ne date pas de la dernière crise internationale, ni même du dernier empire. Des recherches archéologiques ont mis en évidence une présence humaine remontant à plus de 40.000 ans. Autrement dit, bien avant les tankers, l’île servait déjà de point de passage ou de halte dans cette région charnière entre mer et continent.
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Son grand tournant historique arrive vers 1300, lorsque le pouvoir installé sur le continent se replie sur l’île pour échapper à l’insécurité intérieure. L’île accueille alors un port majeur du golfe, un carrefour marchand assez prospère pour attirer les regards du monde médiéval. Puis viennent les Portugais : ils s’emparent d’Ormuz au début du XVIe siècle et y bâtissent un fort. Leur domination prend fin en 1622, lorsque des forces anglo-persanes reprennent l’île.
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Une splendeur devenue presque contemplative
Après cette période faste, Ormuz décline lorsque Shah Abbas favorise le développement de Bandar Abbas sur le continent. L’île perd peu à peu son rôle de grand centre commercial. Même son environnement raconte autre chose que la seule dureté minérale. Des travaux consacrés à l’île évoquent des mangroves adaptées à un milieu salé et aride, tandis que des études ornithologiques signalent la présence d’oiseaux marins nicheurs sur Ormuz. Derrière le vacarme du détroit d’Ormuz, il y a donc une île splendide, rouge, cabossée, historique et franchement photogénique !