Face au réchauffement climatique, certains ours polaires montrent des changements génétiques surprenants. Une adaptation inespérée ?
© Hans Jurgen
La disparition progressive de la banquise fragilise le mode de vie des ours polaires : à mesure que la glace fond, leur territoire se rétrécit et leurs chances de survie s’amenuisent. Cela, vous le saviez déjà, c’est l’une des multiples conséquences désastreuses du réchauffement climatique.
Pourtant, au sud-est du Groenland, une population d’ours polaires intrigue : isolés géographiquement et soumis à des températures plus élevées que le reste de l’Arctique, ces animaux vivent déjà dans des conditions proches de celles que l’espèce pourrait connaître à grande échelle d’ici quelques décennies ! Selon une étude relayée par Sciences et Vie et menée par des chercheurs de l’Université d’East Anglia, ces ours présentent des modifications génétiques qui pourraient jouer un rôle clé dans leur capacité d’adaptation.
Un environnement plus doux… mais bien plus instable
Contrairement aux images d’Épinal d’un Arctique figé dans la glace, le sud-est du Groenland offre un climat paradoxal. Les températures y sont plus clémentes, mais aussi extrêmement variables. Dans certaines zones, le thermomètre peut passer de -30 °C à plus de 25 °C sur l’année. La banquise y est rare et instable, obligeant les ours à revoir leurs stratégies.
Isolée depuis environ 200 ans par les courants marins, cette population échange très peu avec les autres groupes d’ours polaires. Comprenez qu’il n’y a pas de “renfort” génétique extérieur. Un contexte idéal pour observer comment l’évolution peut s’accélérer sous contrainte !
Des “gènes sauteurs” en première ligne
L’un des résultats les plus marquants de l’étude concerne l’activation massive de transposons, parfois surnommés “gènes sauteurs”. Ces fragments d’ADN ont la capacité de se déplacer dans le génome et d’influencer l’expression d’autres gènes. Chez les ours du sud-est du Groenland, plus de 1.500 transposons montrent une activité différente de celle observée chez leurs congénères du nord. Cette activité est étroitement liée aux températures locales, suggérant une réponse directe au changement climatique.
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Loin d’être anodins, ces transposons interagissent avec des zones clés du génome, notamment celles impliquées dans le métabolisme, la gestion du stress thermique ou encore l’immunité. En clair, ils pourraient contribuer à ajuster le fonctionnement biologique des ours face à un environnement plus chaud.
Des gènes du stress thermique sous surveillance
Au-delà des transposons, les chercheurs ont identifié plusieurs gènes dont l’expression varie significativement selon la température. Parmi eux, certains codent pour des protéines de choc thermique, essentielles pour protéger les cellules lors de fortes chaleurs.
Une adaptation prometteuse, mais pas miraculeuse
Ces ajustements génétiques laissent entrevoir une capacité d’adaptation plus rapide qu’on ne l’imaginait chez les ours polaires. Attention toutefois à l’optimisme excessif : les scientifiques rappellent que ces mécanismes ne garantissent pas la survie de l’espèce si le réchauffement climatique se poursuit au rythme actuel. Reste à savoir si ces efforts suffiront à compenser la vitesse des bouleversements en cours…
Source : Sciences et Vie, d’après une étude publiée dans la revue Mobile DNA.