C’était, dit-on encore aujourd’hui, l’une des plus belles villes d’Allemagne. Une cité raffinée, au charme presque fragile, dont les palais, musées et coupoles baroques faisaient d’elle une véritable capitale culturelle officieuse. Beaucoup de ses habitants étaient convaincus qu’une ville aussi élégante, aussi profondément marquée par l’art, ne pouvait tout simplement pas devenir une cible militaire. Pourtant, le 13 février 1945, Dresde a connu l’un des épisodes les plus terrifiants de son histoire : une nuit où l’enfer est littéralement tombé du ciel.
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Trop précieuse pour être rasée ?
En janvier 1945, l’issue de la Seconde Guerre mondiale ne faisait plus aucun mystère : les Alliés avançaient inexorablement, tandis que le régime nazi, essoufflé et acculé, mobilisait ses dernières forces dans un combat sans espoir. Dans ce climat de peur et d’incertitude, les habitants de Dresde s’accrochaient à des croyances rassurantes, parfois naïves. Ce qui est évidemment facile à dire avec le recul de l’histoire…
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On racontait par exemple que des membres de la famille de Winston Churchill se seraient installés dans la ville, rendant tout bombardement inimaginable ! D’autres affirmaient que Dresde, avec la splendeur de ses châteaux, de ses églises baroques et de ses collections d’art mondialement admirées, représentait un patrimoine bien trop précieux pour être détruit. Beaucoup considéraient la cité comme un sanctuaire culturel qui serait épargné par la folie des armes.
Démonstration de force
La réalité, côté allié, était bien différente. Une attaque aérienne massive était en préparation. Plusieurs raisons s’entremêlaient, mais il s’agissait principalement d’affaiblir le moral du peuple allemand et accélérer la fin d’une guerre déjà trop longue.
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Lors de la conférence de Yalta, les Soviétiques auraient demandé aux Américains et aux Britanniques de frapper certaines villes de l’Est pour faciliter leur avancée. D’autres historiens évoquent une tout autre motivation : une démonstration de puissance à l’égard de Staline dans un contexte où la future Guerre froide se dessinait déjà en filigrane. Une opération militaire… mais aussi un signal politique ?
L’enfer
Le 13 février 1945, environ 1 300 bombardiers britanniques et américains se dirigent vers Dresde, alors surnommée « la ville-hôpital », car elle accueillait de nombreux réfugiés et blessés fuyant l’est du pays. La défense allemande était presque inexistante : très peu de Flak, des chasseurs à court de carburant… la voie était ouverte.
Deux vagues de bombardements s’abattent sur le centre historique, puis une troisième le lendemain. En tout, près de 4.000 tonnes de bombes explosives et incendiaires sont larguées. Le mélange crée un feu d’une intensité inimaginable, une véritable tempête de flammes aspirant l’air des rues. Les récits évoquent des températures dépassant les 1.000 degrés, des quartiers entiers engloutis en quelques minutes.
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Des corps calcinés jonchent les rues, les places, les caves où des milliers de civils s’étaient réfugiés deviennent des pièges mortels, et le patrimoine architectural qui avait fait la renommée de Dresde se transforme en cendres. Selon les estimations les plus fiables aujourd’hui, entre 20.000 et 25.000 personnes périssent, un bilan longtemps manipulé par la propagande.
Conséquences
La tragédie choque immédiatement. Même Winston Churchill, pourtant partisan d’une stratégie de bombardement intensif, exprime publiquement ses doutes sur la nécessité militaire de l’opération. Il parle d’une possible « terreur inutile ». En Allemagne, Joseph Goebbels, ministre de la Propagande, exploite l’événement : il gonfle volontairement les chiffres, prétendant que plus de 200.000 personnes auraient été tuées, afin de présenter l’Allemagne comme une victime absolue et discréditer les Alliés sur la scène internationale.
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Aujourd’hui
Pourtant, Dresde, surnommée la « Florence de l’Elbe », n’a pas disparu. La ville s’est lentement, patiemment, reconstruite. Grâce à la réunification allemande en 1990, un immense effort de restauration a été entrepris : la Frauenkirche, la Semperoper, le Zwinger… autant de joyaux ressuscités pierre par pierre grâce à des archives minutieuses et un savoir-faire exceptionnel. La ville a retrouvé non seulement sa silhouette historique mais aussi son énergie culturelle, sa vie artistique, ses musées et son ambiance apaisée le long de l’Elbe.
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À ne pas manquer à Dresde…
- La Frauenkirche, symbole bouleversant de renaissance.
- Le Zwinger, chef-d’œuvre baroque et musée incontournable.
- La terrasse Brühl, parfois appelée le « balcon de l’Europe ».
- La Semperoper, l’un des plus beaux opéras du continent.
- Le musée Grünes Gewölbe, avec ses trésors spectaculaires.
- Une promenade au bord de l’Elbe, pour ressentir la douceur retrouvée d’une ville qui s’est relevée de l’indicible.