Au printemps 1152, Aliénor d’Aquitaine n’est plus reine de France. Son mariage avec Louis VII est annulé pour consanguinité. Officiellement, tout se passe dans le calme du droit canon. Officieusement, c’est un séisme ! À plus de trente ans, mère de deux filles, Aliénor est surtout la femme la plus puissante d’Occident, à la tête d’un territoire immense, riche, cultivé, envié.
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Libre… et dangereusement convoitée. Les routes ne sont pas sûres pour une duchesse de cette envergure. Mais Aliénor n’est pas du genre à se laisser enlever ou dicter son avenir. Elle a déjà une idée très précise de la suite !
Poitiers, théâtre d’un choix stratégique
C’est à Poitiers, capitale de son duché, qu’Aliénor pose ses valises après son divorce. Ville savante, ville politique, Poitiers est alors un centre de pouvoir plus.
Le 18 mai 1152, Aliénor épouse Henri Plantagenêt, comte d’Anjou et duc de Normandie. Il a 9 ans de moins qu’elle. Qu’importe. Il est brillant, ambitieux et redoutablement efficace. Deux mois plus tard, il deviendra roi d’Angleterre. Le timing est donc parfait !
Un mariage d’amour ? Peut-être. De pouvoir ? Assurément !
On aime imaginer une passion fougueuse. Elle a sans doute existé, mais pas longtemps… En effet, ce mariage est avant tout un coup de maître politique. En unissant leurs terres, Aliénor et Henri bâtissent ce que l’on appellera plus tard l’Empire Plantagenêt. De l’Écosse aux Pyrénées, ce bloc territorial fait pâlir le roi de France.
Aliénor n’est pas une épouse silencieuse. Elle gouverne, administre et dépense beaucoup d’énergie pour protéger ses intérêts. Elle soutient les arts, la poésie courtoise, les troubadours. Elle voyage sans relâche entre l’Angleterre et l’Aquitaine. Poitiers devient un foyer culturel majeur, presque une cour parallèle.
Une femme qui dérange
Trop libre, trop influente, trop intelligente : Aliénor dérange. Les tensions avec Henri II s’accumulent. Elle soutient même la révolte de ses fils contre leur père. Résultat ? Quinze années de captivité pour avoir comploté contre son Roi de mari ! Il n’y avait là, toutefois rien qui puisse vraiment décourager cette femme de fer.
Au fil du temps, sa peine s’est allégée et elle fut finalement libérée à la mort d’Henri. Aliénor revient alors sur le devant de la scène. Régente, diplomate, stratège, elle gouverne encore, infatigable, jusqu’à un âge avancé.
Poitiers aujourd’hui, entre pierre et mémoire
Poitiers a gardé cette élégance discrète des villes chargées d’Histoire. La cathédrale Saint-Pierre, les ruelles médiévales, les vestiges gallo-romains racontent mille ans de pouvoir, de foi et de culture. Une ville à taille humaine, idéale pour flâner…
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À quelques kilomètres, impossible de ne pas évoquer l’Abbaye de Fontevraud. Nécropole des Plantagenêts, elle abrite les gisants d’Aliénor d’Acquitaine, d’Henri II d’Angleterre et de Richard Cœur de Lion, son fils surnommé ainsi en raison de son grand courage et qui fut, à son tour, Roi d’Angleterre ! Le lieu est majestueux et mérite réellement le détour. Et pas que pour les férus d’histoire…