Au large de l’île de Kekova, en Turquie, des archéologues ont identifié une épave vieille de 4 400 à 4 700 ans. Contemporaine des… pyramides de Gizeh, elle devient, selon ses découvreurs, la plus ancienne connue au monde ! Et sa cargaison a encore des choses à raconter.
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Il y a quelque 4.700 ans, à peu près au moment où l’Égypte empilait les blocs de la Grande Pyramide, un petit navire marchand sombrait au large de la côte sud de l’Anatolie. Il repose aujourd’hui par une trentaine de mètres de fond, près de l’île de Kekova, dans la province d’Antalya. À cette profondeur, chaque plongée est limitée à une demi-heure ! Bref, non, ce n’est pas la fouille la plus simple…
Le ministre turc de la Culture, Mehmet Nuri Ersoy, a officialisé la découverte à la mi-octobre. L’épave avait été repérée en 2024 lors d’une prospection de l’université Akdeniz, avant le lancement des fouilles cette année sous l’égide du musée d’Antalya. Sur le fond : plus de 30 amphores en céramique et 3 ancres en pierre, que l’étude préliminaire ne rattache pas encore formellement au bateau.
Daté de l’âge du bronze ancien, le navire coiffe au poteau l’ancien recordman, une épave découverte en 1975 près de l’île grecque de Dokos, dont la cargaison remonte à environ 2200 avant notre ère selon l’Institut hellénique d’archéologie marine.
Des amphores venues de la vallée du Jourdain
« Les analyses de l’argile indiquent que les amphores ont probablement été produites dans des ateliers de la vallée du Jourdain », a déclaré Mehmet Nuri Ersoy. Des jarres du même type ont déjà été exhumées près des pyramides de Gizeh, de Saqqarah et d’Abousir, mais aussi à Troie et en Crète. De quoi documenter un commerce maritime entre le Levant, l’Égypte et l’Anatolie plus de 1000 ans avant la célèbre épave d’Uluburun, coulée vers 1300 avant notre ère dans les mêmes eaux.
Un aller simple vers Troie ou la Crète
D’après l’étude préliminaire publiée en juillet dans le Journal of Maritime Archaeology par Hakan Öniz et Ceyda Öztosun, le navire filait d’est en ouest lorsqu’il a coulé. Scénario privilégié : départ de la côte levantine, cap sur Troie ou la Crète. Long d’une dizaine de mètres, il n’a pas résisté aux vents et aux courants du secteur, réputés traîtres.
Huile, vin ou résine : que contiennent les jarres ?
Des résidus encore visibles après 4 700 ans
Détail savoureux : certaines jarres sont restées intactes et renferment encore un dépôt brillant et visqueux ! L’archéologue australienne Karin Sowada (université Macquarie) n’en revenait pas : « J’ai regardé à l’intérieur et j’ai failli m’évanouir », a-t-elle confié à la BBC. Huile d’olive, vin, résine d’arbre ? Les analyses sont en cours. Petite subtilité : les jarres ont pu être vidées puis réutilisées, leurs résidus ont donc pu être mélangés suite à plusieurs voyages.
Une baratte à beurre pour l’équipage
Une jarre intrigue particulièrement : marquée de neuf signes et percée de deux trous, elle aurait pu servir de baratte pour fabriquer du fromage ou du beurre. L’équipage produisait peut-être sa propre nourriture en mer !
Sans bois ni carbone 14, comment dater la plus vieille épave du monde ?
Écueil de taille : il ne reste rien de la coque. Sans bois, impossible de recourir à la datation au carbone 14. Les archéologues ont donc joué les détectives de la céramique, en comparant forme et décor des amphores avec des pièces d’autres sites déjà datés. Hakan Öniz se dit « généralement confiant » auprès de CNN, les ancres et les autres objets pointant vers les mêmes siècles. Avec du bois conservé, le record reste un navire grec de 2 400 ans, en mer Noire, au large de la Bulgarie.
Prochaine escale : un musée d’archéologie sous-marine à Antalya
Après conservation et analyses, les pièces rejoindront le futur musée d’archéologie sous-marine de la Méditerranée, prévu à Antalya. « Nous sommes les premiers humains à toucher ces objets depuis environ 5 000 ans », résume Hakan Öniz à la BBC. La fouille, elle, ne fait que commencer.
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