Pour les explorateurs aguerris, nous avons risqué d’y mettre une échelle de difficulté qui va de 1 (randonnée soutenue, aucun matériel) à 5 (expédition d’alpinisme à haut risque). Cette échelle est évidemment un tantinet subjectif : non pas que nous les ayons déjà gravis, mais les reportages des alpinistes nous ont donné une idée de la difficulté. Et sortir les cordes et vaincre une altitude délirante, à la rédaction, on en a les jambes qui tremblent !
Le tour du monde des toits continentaux
Asie : l’Everest, 8.849 m
Pays : Népal et Chine (Tibet). Difficulté : 5/5.
Le patron. Depuis décembre 2020, les deux pays se sont mis d’accord sur une altitude commune : 8.848,86 mètres, soit 86 centimètres de plus que le chiffre officiel népalais précédent. La montagne pousse d’environ 4 millimètres par an, poussée par la collision entre les plaques indienne et eurasienne. Au-delà de 8.000 m, la « zone de la mort » ne laisse aucune marge : oxygène supplémentaire, cordes fixes et deux mois d’acclimatation sont la norme. Et le nombre de tués fait froid dans le dos…
Amérique du Sud : l’Aconcagua, 6.961 m
Pays : Argentine. Difficulté : 2/5.
Le plus haut sommet en dehors de l’Asie, à quelques kilomètres de la frontière chilienne et sur la cordillère des Andes. Sa particularité : la voie normale se gravit sans matériel technique, ce qui en fait la plus haute montagne du monde accessible à la randonnée. « Sans matériel » ne veut pas dire « sans souffrir » : l’altitude et le « viento blanco » y sont redoutables…
Amérique du Nord : le Denali, 6.190 m
Pays : États-Unis (Alaska). Difficulté : 4/5.
Il a longtemps affiché 6.194 m, jusqu’à ce que l’US Geological Survey le remesure au GPS en 2015 et lui retire quatre mètres. Situé à 63° de latitude nord, il subit des températures parmi les plus brutales de l’alpinisme mondial ! Pas de porteurs, pas de yaks : chacun tracte son propre traîneau pendant deux à trois semaines !
Afrique : le Kilimandjaro, 5.895 m
Pays : Tanzanie. Difficulté : 1/5.
Un volcan endormi posé seul au milieu de la savane, sans chaîne autour de lui : voilà la plus haute montagne isolée de la planète. C’est aussi le sommet le plus accessible de la liste : cinq à huit jours de marche, pas vraiment de geste technique. Le seul vrai adversaire reste le mal aigu des montagnes !
Europe : l’Elbrouz, 5 642 m
Pays : Russie. Difficulté : 2/5.
Et là, ça coince. L’Elbrouz, volcan du Caucase, écrase le mont Blanc de plus de 800 mètres, mais il se trouve pile sur la frontière conventionnelle entre l’Europe et l’Asie ! Les listes d’alpinistes le retiennent ; les puristes de la géographie physique préfèrent souvent le mont Blanc (France et Italie, difficulté 2/5), mesuré à 4.805,59 m en 2023. La difficulté ici, vu le pays, est également administrative pour les ressortissants européens !
Antarctique : le mont Vinson, 4 892 m
Difficulté : 3/5.
Repéré en 1958 par un avion de l’US Navy, gravi pour la première fois en 1966. Techniquement, l’ascension reste modérée ; c’est la… logistique qui fait mal : l’Antarctique ne se visite pas comme la Sardaigne ! Quelques dizaines de personnes par an, un vol privé depuis le Chili et une facture qui dépasse largement celle de l’Everest.
Océanie : Puncak Jaya, 4 884 m
Pays : Indonésie (Papouasie). Difficulté : 5/5.
Le Puncak Jaya, ou pyramide de Carstensz, est le point culminant de l’Océanie : de l’escalade rocheuse pure, dans une région dont l’accès dépend d’autorisations aléatoires. Ici, on lui met le maximum en matière de difficulté tant la partie administrative est complexe ! D’ailleurs, si vous obtenez le sésame, passez nous voir à la rédaction, on vous paye un verre !
Si l’on s’en tient au continent australien au sens strict, le titre revient au mont Kosciuszko (Australie) et à ses « modestes » 2.228 m : difficulté 1/5, deux heures de marche depuis un parking.
Sept sommets ou huit ? Le vrai sujet de dispute
Le classement dépend de qui l’établit. La liste de Dick Bass, premier à réaliser les Sept Sommets en 1985, retient le Kosciuszko. Celle de Reinhold Messner lui préfère le Puncak Jaya, autrement plus exigeant. Résultat : beaucoup d’alpinistes cochent les huit pour éviter les débats de comptoir.
Et si l’Everest n’était pas le plus haut ?
Tout dépend du point de départ. Mesuré depuis sa base sous-marine, le Mauna Kea hawaïen dépasse les 10.000 mètres, dont seulement 4.207 émergent de l’océan.
Autre angle : la Terre est renflée à l’équateur. Le Chimborazo équatorien, avec ses 6.263 m, est donc le point de la surface terrestre le plus éloigné du centre de la planète : environ deux kilomètres de plus que l’Everest.