Un jour, un endroit : le 14 février 1349, Strasbourg, quand la peur, la haine et l’intérêt ont conduit au massacre des Juifs

Un jour, un endroit : le 14 février 1349, Strasbourg, quand la peur, la haine et l’intérêt ont conduit au massacre des Juifs
11-04-2026
Le 14 février 1349, jour de la Saint-Valentin, Strasbourg ne célèbre pas l’amour mais la haine ! La ville connaît en effet l’un des plus terribles pogroms du Moyen Âge.

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Ce jour-là, environ 2.000 Juifs sont arrêtés, conduits hors de leur quartier, puis brûlés vifs au cimetière juif. Derrière cette explosion de violence, il n’y a pas seulement la peur ou la superstition. Il y a aussi une crise politique, des rumeurs meurtrières, des dettes à effacer, des biens à récupérer et cela mène à une ville entière qui bascule.

La peste n’est pas encore là, mais la peur, elle, est déjà partout

Au début de l’année 1349, Strasbourg n’est pas encore frappée par la peste noire. Mais la nouvelle de l’épidémie, qui ravage déjà l’Europe, circule partout. La panique grandit. Et comme souvent dans l’histoire, cette peur cherche des coupables.

Les Juifs, déjà marginalisés depuis longtemps, deviennent les cibles idéales. Depuis des siècles, ils subissent des accusations récurrentes : meurtre du Christ, crimes rituels, usure… À Strasbourg comme ailleurs, beaucoup travaillent dans le prêt d’argent, un métier qu’on leur tolère tout en le détestant. Ils sont donc à la fois utiles à l’économie urbaine et profondément impopulaires… surtout auprès de ceux qui leur doivent de l’argent, bien entendu !

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© yevhenii-deshko

Quand apparaissent les rumeurs d’empoisonnement des puits, le terrain est prêt. Rien n’est prouvé. Des Juifs sont arrêtés, torturés, interrogés. Aucune confession crédible n’est obtenue. Mais dans une ville déjà traversée par les angoisses, la vérité compte moins que le besoin de trouver un responsable !

Une protection fragile, renversée en quelques jours

Ce qui rend le drame de Strasbourg particulièrement frappant, c’est que les autorités municipales ne veulent pas, au départ, d’un massacre. Le conseil de la ville, ainsi que Peter Schwarber, chef des corporations, cherchent à protéger les Juifs. Mais il y a aussi une réalité économique très concrète : les Juifs paient des taxes importantes, financent une partie de l’activité urbaine et comptent dans les équilibres financiers de Strasbourg.

Le quartier juif est gardé. Le conseil tente de calmer la foule. Mais cette protection devient elle-même un motif de colère populaire. Beaucoup accusent les dirigeants d’être trop favorables aux Juifs. En réalité, derrière cette colère se cachent aussi d’autres intérêts : des débiteurs veulent échapper à leurs créances, des factions veulent prendre le pouvoir, des corporations veulent peser davantage dans le gouvernement de la ville.

Le 9 février 1349, tout bascule. Une révolte des corporations, soutenue par une partie de la population et par des familles nobles écartées du pouvoir, renverse les magistrats en place. Les anciens dirigeants sont chassés. Peter Schwarber est éliminé politiquement. En quelques jours, le dernier rempart contre le pogrom disparaît.

Le 14 février 1349 : le massacre

Le nouveau pouvoir agit vite. Le vendredi, les Juifs sont arrêtés. Le samedi 14 février, ils sont conduits au cimetière de la communauté. Là, on dresse un immense bûcher. Des centaines, puis des milliers de personnes sont brûlées vives. D’autres sont enfermées dans une construction de bois à laquelle on met le feu. Le massacre dure plusieurs jours.

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Quelques-uns seulement échappent à la mort : certains enfants, quelques femmes et ceux qui acceptent de renier leur confession. Pour le reste, c’est l’anéantissement de la communauté juive de Strasbourg.

Une haine nourrie aussi par l’intérêt

Après le massacre, les dettes contractées envers les Juifs sont annulées. Les gages, lettres de crédit et biens sont redistribués. L’argent liquide est en partie réparti entre les artisans. Les puissants, eux aussi, profitent de l’opération. Beaucoup de ceux qui ont favorisé le renversement du conseil avaient intérêt à la disparition de leurs créanciers.

Autrement dit, le pogrom n’est pas seulement un accès de fanatisme. C’est aussi un crime politique, social et économique. La peur de la peste a servi d’étincelle ; l’antijudaïsme ancien a fourni le cadre ; mais la cupidité a largement alimenté le brasier !

Strasbourg aujourd’hui : une ville bien vivante !

Aujourd’hui, Strasbourg est une ville ouverte, européenne, traversée par l’histoire à chaque coin de rue. Entre la cathédrale, les quais, les institutions européennes et les ruelles du centre ancien, rien ne dit au premier regard qu’un tel massacre a eu lieu ici. Pourtant, la mémoire du pogrom de 1349 subsiste, notamment à travers des plaques et des travaux historiques qui rappellent cette destruction.

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