Au large de l’île de Sein, à l’extrême ouest de la Bretagne, des archéologues marins français ont mis au jour un mur sous-marin de 120 mètres de long, daté d’environ 5.000 avant notre ère !
© roberto-gualini
C’est la BBC qui nous rapporte cette étonnante découverte. L’ensemble repose aujourd’hui sous neuf mètres d’eau, alors qu’au moment de sa construction, il se trouvait sur le littoral, entre marée haute et marée basse…
À quoi servait ce mur ?
Les chercheurs avancent deux grandes hypothèses. La première : il s’agissait d’un piège à poissons. La seconde : il pourrait s’agir d’une sorte de digue destinée à protéger une zone côtière face à la progression de la mer…
La structure impressionne autant par ses dimensions que par sa conception : large d’environ 20 mètres et haute de 2 mètres, elle est ponctuée à intervalles réguliers de grands blocs de granite dressés.
Si la piste du piège à poissons se confirme, ces pierres dressées auraient pu soutenir un dispositif végétal, formé de branches et de pieux, pour capturer les poissons à marée descendante. Une méthode simple sur le principe, mais qui suppose une vraie maîtrise du terrain, des marées et de l’organisation collective…
La preuve d’une société bien installée
Avec une masse estimée à 3.300 tonnes, ce mur n’a pas pu être bricolé entre deux cueillettes ! Il suppose la présence d’une communauté structurée, capable de mobiliser du temps, de la main-d’œuvre et un savoir-faire technique solide ! Et c’est justement ce qui rend la découverte passionnante : elle nuance l’image parfois un peu trop rustique que l’on se fait des sociétés du Mésolithique ou du début du Néolithique. Ici, on voit au contraire des groupes capables d’aménager leur environnement de façon ambitieuse, durable et probablement stratégique.
Les archéologues soulignent aussi que les monolithes retrouvés ressemblent aux célèbres menhirs bretons, tout en leur étant antérieurs. De quoi nourrir l’idée d’une transmission de techniques entre chasseurs-cueilleurs sédentarisés et premières populations agricoles…
Quand l’archéologie croise la légende
La découverte relance aussi une vieille question : certains mythes bretons de cités englouties pourraient-ils reposer sur un fond de réalité ? Les chercheurs estiment que l’abandon progressif de territoires gagnés par la mer a pu marquer durablement les mémoires collectives. Dans cette région, difficile de ne pas penser à la ville d’Ys, légende majeure de Bretagne censée avoir sombré dans la baie de Douarnenez, non loin de là.