Une petite pièce restée sur son banc pendant 11.000 ans !
La scène se passe à Karahantepe, province de Şanlıurfa, dans le sud-est de la Turquie, à une trentaine de kilomètres de Göbekli Tepe. Lors d’une récente campagne de fouilles, les équipes ont dégagé une structure circulaire d’environ 3 mètres de diamètre, au sol dallé de pierre. Le long du mur court un banc. Sur ce banc, une sculpture de 70 centimètres : une figure humaine assise sur le dos d’un léopard manifestement mort.
Le ministre turc de la Culture et du Tourisme, Mehmet Nuri Ersoy, a annoncé la trouvaille le 25 août 2026, en évoquant une « sculpture composite dans un style jamais rencontré auparavant » sur le site. Les travaux relèvent du projet « Héritage pour le futur » qui finance les chantiers archéologiques dans tout le pays.
Le détail qui retourne complètement l’image
Karahantepe avait déjà livré trois sculptures composites du même genre. Sauf que la scène y était strictement inversée : c’était l’humain qui portait le léopard sur son dos. Ici, l’animal devient monture !
Et le détail compte, parce que les félins des sculptures précédentes n’étaient pas montrés comme des dépouilles ! Pour Necmi Karul, directeur des fouilles, ils apparaissaient « vivants et en alerte, plutôt que comme des animaux passifs (morts) ». Il ne s’agissait donc pas de trophées de chasse ! Il reste évidemment à savoir ce que raconte cette nouvelle mise en scène…
Le léopard, l’obsession locale
Le félin est le motif animal le plus fréquent de Karahantepe : reliefs sur les piliers, sculptures, motifs gravés sur les stèles dressées… Cette association répétée entre humains et grands prédateurs a tout l’air d’être délibérée et de largement dépasser la question de la nourriture.
On retrouve la même grammaire visuelle à Sayburç, un autre site de la région daté du IXe millénaire avant notre ère. L’archéologue Eylem Özdoğan y lit de véritables scènes narratives : des histoires racontées en pierre, plusieurs milliers d’années avant l’invention de l’écriture.
Karahantepe
Karahantepe reste moins célèbre que son grand frère touristique, Göbekli Tepe, mais il n’est pas plus petit pour autant : 14 hectares, plus de 250 stèles en T, repéré dès 1997 et fouillé depuis 2019, à 55 kilomètres de Şanlıurfa.
Le site appartient au programme Taş Tepeler, « les collines de pierre », qui rassemble plus d’une dizaine de gisements néolithiques. Tous documentent la même bascule : des communautés de chasseurs-cueilleurs qui se sédentarisent, se mettent à bâtir du monumental et à sculpter des scènes complexes, bien avant les premières villes…
Bref, si vous avez une explication à donner sur cet homme posé sur un dos de léopard, vous êtes le bienvenu. Prenez votre temps, après tout, cela fait onze millénaires qu’il attend !