Faire un vrai safari en… Europe ? Oui, le « Big Five européen » existe !

Faire un vrai safari en… Europe ? Oui, le « Big Five européen » existe !
08-09-2026
Pas besoin d'un vol long-courrier pour pister des prédateurs. L'Europe a discrètement reconstitué une faune sauvage spectaculaire et celle-ci commence même à devenir un véritable produit touristique. Le safari européen existe bel et bien !

wolf

Le chiffre peut surprendre : l’Europe comptait plus de 21.500 loups en 2022, soit une progression de 58 % en 10 ans, selon une étude publiée en 2025 dans PLOS Sustainability and Transformation. Le détail par pays ? Il suffit de demander : l’Allemagne est passée d’une seule meute en 2000-2001 à 219 meutes en 2024-2025. L’Italie recensait environ 3.307 loups lors de son estimation nationale de 2020-2021. Dans les Alpes, leur nombre serait passé de 946 à 1.124 individus entre 2020-2021 et 2023-2024. La France en comptait environ 1.013 durant l’hiver 2023-2024, tandis que l’Espagne en abrite plus de 1.000.

Luigi Boitani, qui dirige la Large Carnivore Initiative for Europe et travaille sur le dossier depuis les années 1970, ne cache pas sa surprise : « La vitesse de l’augmentation nous a surpris. » Pour la chercheuse Valeria Di Bernardi, le déclencheur est assez clair : « La protection légale a été le tournant. »

Le « Big Five » européen ? Une idée venue de Belgique

Le concept a un nom, calqué sans complexe sur l’Afrique : le Big Five européen, composé du bison d’Europe, du loup, de l’ours brun, du glouton et du lynx.

Détail savoureux : cette sélection remonte à 2014 et à une émission flamande, The Big5 van Europa. Ses membres ont sillonné le continent pour désigner cinq icônes de la faune européenne selon quatre critères : allure, comportement, rareté et capacité à impressionner. Et quelques pointures du monde de la conservation, dont Luigi Boitani, ont participé à l’exercice !

Le safari européen n’a d’ailleurs plus grand-chose d’un concept théorique : diverses agences exploitent déjà le filon en promettant, entre autres, l’observation des loups. De la Suède aux Abruzzes, en passant par l’Espagne ou les Alpes françaises, les offres se multiplient. Certains séjours spécialisés de plusieurs jours peuvent frôler, voire dépasser les 3.000 euros.

De là à parler d’une nouvelle poule aux œufs d’or, il y a cependant un pas : l’impact économique global de ce tourisme reste encore difficile à chiffrer. À l’échelle locale, en revanche, la présence des grands prédateurs peut clairement devenir un argument touristique !

Le bison, le come-back le plus improbable

S’il y a une espèce qui résume ce retour spectaculaire, c’est bien le bison d’Europe. En 1927, il avait complètement disparu à l’état sauvage et ne survivait plus qu’à travers quelques dizaines d’animaux détenus en captivité. Un siècle plus tard, changement de décor : on en recensait en 2024 plus de 12.000 dans le monde, dont près de 10.000 dans des populations vivant en liberté.

La forêt de Białowieża, à cheval sur la Pologne et la Biélorussie, reste l’un de ses principaux bastions. Et dans les Carpates du Sud, en Roumanie, les réintroductions menées depuis 2014 ont permis de reconstituer une population de plus de 250 bisons vivant aujourd’hui librement dans les monts Țarcu. Une bonne partie d’entre eux sont même nés directement dans la nature !

Et en Belgique, alors ?

Pas besoin de traverser le continent pour retrouver la trace du plus célèbre des grands prédateurs européens : la Wallonie compte désormais quatre zones de présence permanente du loup. Les Hautes-Fagnes constituent le bastion historique du retour de l’espèce. Deux nouvelles zones ont ensuite été reconnues à Anlier, en septembre 2025, et à Saint-Hubert, en décembre de la même année. Une quatrième, celle de l’Ardenne liégeoise, a été officialisée le 25 juin 2026 après l’installation d’une louve.

Attention toutefois au vocabulaire : une « zone de présence permanente » ne signifie pas nécessairement qu’une meute entière s’y est installée ! Elle peut aussi concerner un loup solitaire ou un couple. Dans les Hautes-Fagnes et les régions frontalières voisines, plusieurs meutes sont en revanche bel et bien suivies, certaines évoluant de part et d’autre de la frontière allemande.

Les règles du jeu

Qui dit tourisme animalier dit aussi quelques règles élémentaires. La Large Carnivore Initiative for Europe recommande notamment les petits groupes, la protection stricte des tanières, aucun appâtage, aucune diffusion de hurlements enregistrés et une distance suffisante avec les animaux. Pas question non plus d’habituer progressivement les loups à la présence humaine. « Le tourisme qui encourage le nourrissage ou l’approche rapprochée doit être évité », insiste Di Bernardi. Mais la vraie bonne nouvelle, c’est que la Convention de Berne a fait passer l’espèce de « strictement protégée » à « protégée » le 7 mars 2025.

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