Au Svalbard, les ours polaires prennent du poids malgré la fonte de la banquise. Une résistance inattendue… mais temporaire ?
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On les imaginait amaigris, affaiblis, en difficulté. Et pourtant, les ours polaires du Svalbard affichent une meilleure corpulence qu’à la fin des années 1990, malgré un réchauffement climatique accéléré dans la région. C’est la conclusion, pour le moins surprenante, d’une étude publiée dans la revue Scientific Reports. « L’augmentation de leur condition physique durant une période de perte significative de la glace de mer a été une surprise », explique Jon Aars, chercheur à l’Institut polaire norvégien, cité par l’AFP.
Le Svalbard, laboratoire du climat qui s’emballe
Situé dans l’Arctique, l’archipel du Svalbard se réchauffe jusqu’à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. Un record peu enviable. La conséquence directe ? Une fonte rapide de la glace de mer, élément clé pour la survie de l’ours polaire, qui chasse principalement le phoque depuis la banquise.
Entre 1995 et 2019, les scientifiques ont suivi et mesuré la condition corporelle de centaines d’ours, s’attendant logiquement à observer un déclin continu. D’autant que la population de la mer de Barents (estimée entre 1.900 et 3.600 individus selon un recensement de 2004) dépend fortement de cet écosystème fragile.
Un rebond physique inattendu
Les données racontent pourtant une autre histoire. Après une baisse initiale entre 1995 et 2000, l’indice de condition corporelle des ours a augmenté durant les années suivantes, précisément au moment où la banquise reculait le plus rapidement. Un scénario à contre-courant de ce qui a été observé dans d’autres régions de l’Arctique, où les ours polaires sont devenus plus maigres, parfois dramatiquement.
Changer de menu pour survivre
Comment expliquer cette résilience ? Les chercheurs avancent une hypothèse pragmatique : la diversification de l’alimentation. Moins dépendants des phoques, les ours du Svalbard auraient élargi leur régime en chassant davantage de rennes et même de morses. Ces espèces, autrefois surexploitées par l’homme, ont vu leurs populations se reconstituer, offrant de nouvelles opportunités alimentaires.
Une bonne nouvelle… avec une date de péremption
Faut-il pour autant se réjouir trop vite ? Pas vraiment. Les auteurs de l’étude restent prudents. Cette adaptation pourrait n’être qu’un répit temporaire face à un changement climatique qui continue de s’intensifier.
À mesure que la glace de mer disparaît plus longtemps chaque année, même une alimentation variée pourrait ne plus suffire. Les ours du Svalbard, aujourd’hui plus robustes, pourraient à leur tour atteindre un point de bascule.